« Je vais voter pour celui qui, à mon avis, ment le moins » m’explique Steve, passionné d’énergie nucléaire, au bord de l’autoroute. Ce sentiment n’est pas isolé car une majorité d’Américains ne croient ni en leur politiciens, ni en leurs gouvernements. En pleine campagne politique pour les mid-terms, dans une économie morose, le Colorado affiche des slogans simplistes sur l’emploi et la dette financière. « Pour créer des emplois, coupons les taxes et supprimons les dépenses » ou à l’opposé « couper les taxes, c’est licencier des pères de familles ».
L’arrivée au Colorado depuis le Kansas laisse pourtant croire que les politiques doivent être bien différentes, car l’Etat et ses citoyens le sont. Ici, les maisons ont des capteurs solaires, les rues disposent de poubelles pour le recyclage, les habitants utilisent des vélos ou des voitures hybrides.
Mais en découvrant la communication des partis politiques, on pourrait presque adhérer à l’idée du mensonge généralisé. En Amérique, les campagnes politiques s’appliquent non pas à proposer des idées, mais à détruire celles des autres; candidats ou élus. Si bien que chaque détracteur démontre à grand renfort de supports de communication ce que l’autre n’a pas respecté lors de sa précédente campagne politique. Dans un pays à la politique dualisée – républicain ou démocrate - chacun cherche à démontrer le mensonge de l’autre, ce qui a pour effet systémique de décrédibiliser l’ensemble de la classe politique (voir les vidéos des candidats ci-dessous).
Ces campagnes politiques parlent de dettes. Probablement à raison. Mais la dette n’est pas que financière. Les Etats-Unis ont un déficit financier, éducationnel, technologique et sanitaire. Le concept de durabilité est présenté sous nos latitudes comme une gestion raisonnée des ressources dans le temps. Or l’Amérique a aujourd’hui puisé dans tous les capitaux qui lui ont été offerts: dette financière par des budgets fédéraux et étatiques systématiquement négatifs. Dette environnementale par l’emploi déraisonné de toutes les ressources naturelles du sous-sol jusqu’au ciel. Mais l’Amérique effraie car elle va plus loin encore.
Elle puise également à l’intérieur de sa chair en nourrissant si mal ses concitoyens que l’obésité touche entre 15% et 100% des individus selon les régions. Et enfin, dette éducative par la sous-culture flagrante de sa jeunesse qui voit le monde à travers quatre mots: « amazing, fun, crazy et awsome ».
Pourtant ces mêmes jeunes issus de la culture Star Ac’ américaine devront rembourser la dette financière de leurs parents, soigner leurs maladies engendrées par la malbouffe, changer de système de production de biens et d’énergie et revoir fondamentalement leur urbanisme « tout bagnole ». C’est un programme inévitable pour les cinquante prochaines années. Sans cela, la qualité de vie continuera à diminuer, comme c’est déjà le cas dans les campagnes et certaines villes.
Dans ce contexte généralisé de la dette, les slogans politiques sont non seulement d’une superficialité effrayante, mais deviennent effectivement un mensonge couru d’avance, puisqu’aucune des solutions proposées ne sont viables. Le temps n’est plus à disserter sur la raison d’être d’un état, mais bien sur ce qu’il peut entreprendre pour maintenir une qualité de vie minimum de ses citoyens.
Pour le Colorado dont la modernité et l’ouverture d’esprit contraste si fortement avec d’autres Etats, voter pour les candidats proposés, c’est peut-être effectivement jouer avec le mensonge.
Campagnes du Colorado en vidéo :















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