Archive pour juillet, 2011

juillet 28, 2011

Les éoliennes finlandaises à la conquête du Grand Nord.

L’organisation de rencontres autour des questions environnementales permet souvent d’apprécier certains facteurs culturels ! Le dernier en date a été la table ronde organisée cher l’Ambassadeur de Suisse à Helsinki. Lors de notre venue en Finlande, une invitation a été lancée auprès des acteurs de la croissance verte de la capitale. Rendez-vous a été pris à 19h à la résidence de Suisse. A 18h55, avec une ponctualité dont le plus suisse d’entre nous rougirait, une petite dizaine de personnes arrivent à pied ! Costards cravattes fermés jusqu’au dernier bouton, nos invités, sans exceptions, ont pris les transports publics. Parmi eux, Antti Laakso directeur marketing de l’entreprise Winwind, le 4ème plus important producteur d’éoliennes au monde. Il m’avouera plus tard avoir fait 20 minutes à pied depuis la station de train pour se joindre à nous. Après une soirée aussi chaleureuse qu’intéressante, les rendez-vous sont pris pour les visites des prochains jours.


Une table ronde organisée pour rencontrer les acteurs de la croissance verte en Finlande. La dizaine d'invités sont tous arrivés en transports publiques.

Le lendemain je me dirige vers Espoo (une banlieue de Helsinki) pour visiter le siège social de Winwind. Le chemin qui mène aux quartiers d’affaires laisserait plutôt imaginer qu’il s’agit d’une région propice au tourisme ou à la pêche ; presque aucun trafic, des lacs ou fjords tous plus grandioses les uns que les autres et une nature intacte. Mais au milieu de la végétation, une série de buildings plus beaux les uns que les autres surplombe les bouleaux et les sapins. De sa fenêtre du 3ème étage, Antti Laakso me glisse « effectivement, il y a pire comme décors. Nous sommes ici au coeur des technologies finlandaises. Juste à côté, il y a Nokia et beaucoup d’autres grandes entreprises ». Place à la visite.

Une jeune entreprise

Winwind est une entreprise créé par la volonté d’investisseurs, il y a seulement 11 ans. Les connaissances ont été achetées en Allemagne en débauchant un spécialiste de l’énergie éolienne d’une autre entreprise. La région disposant d’une concentration extraordinaire de savoir-faire dans les technologies avancées, ces connaissances ont suffit pour créer une première éolienne de 1 MW. Aujourd’hui, l’entreprise dispose d’éoliennes de 3MW produites en Finlande pour le marché européen et de l’éolienne traditionnelle de 1MW produite en Inde pour le marché asiatique. Comme pour marquer le produit de l’esprit du sauna finlandais, le savoir-faire s’est développé pour les éoliennes en milieu très froid. Rod Gilmore ingénieur des ventes depuis 5 ans chez Winwind explique la problématique «ici nous devons lutter contre des très grands froids. Nos éoliennes peuvent travailler jusqu’à des températures de -30°C. Le problème est que de la glace se pose sur les pâles et fait chuter la production jusqu’à 30%. Nous avons donc développé des systèmes de dégel dans les pâles. En parallèle, pour éviter des arrêts dus à la maintenance, nous avons placés tous les composants techniques au pied de l’éolienne et non au niveau du rotor. »


La maintenance des éoliennes doit pouvoir être effectuée avec des températures jusqu'à -30°C.

Des contraintes adminsitratives

Si la technique n’évolue plus beaucoup, les problèmes qui limitent le développement de cette énergie viennent d’ailleurs. Antti Laakso en explique les raisons : « dans le meilleur des cas, pour réussir l’implantation d’éoliennes, il faut compter deux ans, mais c’est souvent plus. Nous devons lever les obstacles administratifs, ce qui inclus : une étude environnementale, le respect des règles de construction et l’obtention d’un permis de construire. Dans le dossier, il faut tenir compte des règles aériennes particulièrement de l’aviation de plaisance, de l’interférence avec les radars ainsi que des nuisances provoquées sur les oiseaux et les chauve-souris. Puis enfin, les militaires peuvent s’y opposer. ». La Finlande n’étant que peu peuplée, la tentation d’aller très au nord pour éviter les procédures et trouver les forts vents glaciaux est donc grande. Ce qui nécessite justement des éoliennes conçues pour le grand froid. Toutefois, les coûts de l’éolienne ne représentent en moyenne que 70% des coûts du projet. Car parfois, il faut construire jusqu’à dix kilomètres de route dans la forêt pour installer des turbines, puis il faut les relier électriquement. Une gestion de projets qui peut être réalisée par le fabricant de l’éolienne lui-même ou par des entreprises spécialisées dans ce genre de travaux.


L'équipe de Winwind devant la maquette de leur éolienne de 3MW. De gauche à droite: Rod Gilmore, Kaski Katja, Antti Laakso.


Les contraintes régionales ne s’arrêtent pas là. La Finlande étant un pays recouvert de nombreuses forêts les turbulences au sol nécessitent un design particulier. « Contrairement aux éoliennes off-shore (en mer) nous devons nous éloigner du sol pour éviter les turbulences, nous proposons donc des mâts très hauts. Et pour être concurrentiels dans les faibles vents, nous avons développés de très grands rotors » conclut Rod Gilmore.Selon Winwind, l’avenir de l’éolien finlandais passe donc par cette nouvelle éolienne de 180 mètres de haut avec un rotor de 120 mètres de diamètre, chauffé en hivers ! Les oiseaux apprécieront donc les jours sans vents pour se réchauffer les pattes.


juillet 8, 2011

De l’ordure à la tomate, l’idée géniale de la Capitale Lettone.

Notre imaginaire du développement durable s’est beaucoup construit autour d’images fortes tels que les gigantesques éoliennes du nord ou des projets de communication comme SolarImpulse. Pourtant autour de ces visions de rêve d’autres projets aussi repoussant que hideux contribuent eux-aussi à réduire notre impact environnemental. En Lettonie, sur l’axe autoroutier nord-sud, à quelques kilomètres de Riga – la Capitale -un petit écriteau nous invite à quitter la grande route : Getlini Eko. En voyant les camions défiler et les ordures au détour des forêts, on peut se demander ce qu’il y a d’« éco » dans le coin. Un sentiment qui ne se dissout d’ailleurs pas à la vue des milliers d’oiseaux charognards qui indiquent le business dans lequel Getlini évolue : le retraitement des déchets de toute la région. Ces idées pré-construites s’effondreront pourtant à la première minute de la visite en comprenant de quoi il s’agit. 1000 tonnes d’ordures ménagères arrivent quotidiennement de la ville de Riga et des communes périphériques pour être transformées en électricité et … – génialement – en tomates !

1000 tonnes d'ordures arrivent quotidiennement à la décharge depuis la ville de Riga et sa périphérie.

Première étape l’assainissement

Après avoir réalisé un Master en Hydraulique et en Gestion Environnementale, Aigards Peksens a pris la direction technique de l’entreprise il y a 12 ans. Il n’est pas du genre bavard et résume simplement la situation. « C’est presque impossible de gagner de l’argent avec les déchets, c’est pourquoi nous les transformons en l’électricité que nous revendons ». Cette problématique dans les pays en développement est un vrai casse-tête que nous avons eu l’occasion de côtoyer sur plusieurs continents. Dans ces économies nouvellement capitalistes au fur et à mesure de la croissance économique les déchets s’amoncellent et sont, dans le meilleur des cas, entassés en bordures des villes. Pourtant en Lettonie, le problème a été saisi à bras le corps à peine 7 ans après la déclaration d’indépendance, en 1998. «La Banque Mondial, le gouvernement Letton, la ville de Riga et la ville de Stopini se sont associés pour assainir la décharge régional de Riga, une première étape. » nous explique-t-il.

Aigards Peksens, directeur technique de Getlini. En arrière plan, la serre chauffées par les ordures ménagères.

La société publique Getlini Eko a d’abord recouvert les anciens déchets datant des années 70, puis a crée de grands espaces pour sécuriser les nappes phréatiques. « Sous les montagnes de détritus, des terres spéciales recouvertes d’un système d’étanchéité permettent la collecte des eaux polluées. Au-dessus des déchets de la terre glaise empêche l’eau de pluie de s’infiltrer. » poursuit notre guide. Les déchets ainsi pris en étau fermentent et dégagent du méthane, lui-même récupéré dans un système de tuyauterie. Ce précieux gaz est ensuite conduit jusqu’aux pistons de quatre gros moteurs thermiques et transformé en électricité. Les électrons sont revendus au réseau à un prix deux fois supérieur au prix du marché grâce à son côté écologique.

Depuis la déchetterie, le gaz naturel est amené dans cette usine qui le transforme en électricité.

Un nouveau développement

Les six dernières années ont été difficiles économiquement pour le pays. La quantité de déchets a donc naturellement diminué, rendant les affaires de Getlini moins rentables. Mais l’entreprise n’est pas restée les bras croisé face à cela et a lancé un nouveau projet. « Nous récupérions 40% de l’énergie sous forme électrique, mais ne savions pas que faire de la chaleur. Nous avons donc eu l’idée d’investir dans une serre agricole pour la production de légumes ». Une idée originale dont Aigars Peksens tire une certaine fierté, car en Lettonie les températures glaciales et les journées courte de l’automne rendent l’agriculture difficile. « Ici au nord, la production de tomate n’est simplement pas viable. Par contre, en industrialisant la production dans une serre chauffée 10 mois par an, cela nous procure de bons revenus. Nous pouvons rembourser la Banque Mondial et fournir du travail à trois employés à plein temps ». Chauffée par le soleil à travers la serre ou par l’eau de refroidissement des moteurs thermiques de l’usine, la jardinière de la décharge produit la coquette somme de 1500 tonnes de tomates par an. Les bacs sont alignés par centaines et équipés de rails pour tabourets. Les petites mains y travaillent assises dans les meilleures conditions. « Cela fonctionne si bien que nous allons construire une deuxième serre tout prochainement » conclut-il. Et nous de nous dire que les mouettes ne savent pas ce qu’elles ratent en fouinant dans les déchets juste à côtés de beaux légumes !

Trois employés travaillent à plein temps à la production de tomates. La récolte est possible 10 mois par an.

La décharge en chiffres:

  • Production d’électricité: 28’000 MWh/an (équivalent à 6000 ménages suisses).
  • Traitement de 300 – 400’000 tonnes de déchets par an
  • Production de gaz naturel: 400 m3/h, 24h/24h.
  • Production de tomates: 1500 tonnes/an

Quelques minutes en fin de visite pour présenter Icarette à Monsieur Peskens.

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