Notre imaginaire du développement durable s’est beaucoup construit autour d’images fortes tels que les gigantesques éoliennes du nord ou des projets de communication comme SolarImpulse. Pourtant autour de ces visions de rêve d’autres projets aussi repoussant que hideux contribuent eux-aussi à réduire notre impact environnemental. En Lettonie, sur l’axe autoroutier nord-sud, à quelques kilomètres de Riga – la Capitale -un petit écriteau nous invite à quitter la grande route : Getlini Eko. En voyant les camions défiler et les ordures au détour des forêts, on peut se demander ce qu’il y a d’« éco » dans le coin. Un sentiment qui ne se dissout d’ailleurs pas à la vue des milliers d’oiseaux charognards qui indiquent le business dans lequel Getlini évolue : le retraitement des déchets de toute la région. Ces idées pré-construites s’effondreront pourtant à la première minute de la visite en comprenant de quoi il s’agit. 1000 tonnes d’ordures ménagères arrivent quotidiennement de la ville de Riga et des communes périphériques pour être transformées en électricité et … – génialement – en tomates !

1000 tonnes d'ordures arrivent quotidiennement à la décharge depuis la ville de Riga et sa périphérie.
Première étape l’assainissement
Après avoir réalisé un Master en Hydraulique et en Gestion Environnementale, Aigards Peksens a pris la direction technique de l’entreprise il y a 12 ans. Il n’est pas du genre bavard et résume simplement la situation. « C’est presque impossible de gagner de l’argent avec les déchets, c’est pourquoi nous les transformons en l’électricité que nous revendons ». Cette problématique dans les pays en développement est un vrai casse-tête que nous avons eu l’occasion de côtoyer sur plusieurs continents. Dans ces économies nouvellement capitalistes au fur et à mesure de la croissance économique les déchets s’amoncellent et sont, dans le meilleur des cas, entassés en bordures des villes. Pourtant en Lettonie, le problème a été saisi à bras le corps à peine 7 ans après la déclaration d’indépendance, en 1998. «La Banque Mondial, le gouvernement Letton, la ville de Riga et la ville de Stopini se sont associés pour assainir la décharge régional de Riga, une première étape. » nous explique-t-il.

Aigards Peksens, directeur technique de Getlini. En arrière plan, la serre chauffées par les ordures ménagères.
La société publique Getlini Eko a d’abord recouvert les anciens déchets datant des années 70, puis a crée de grands espaces pour sécuriser les nappes phréatiques. « Sous les montagnes de détritus, des terres spéciales recouvertes d’un système d’étanchéité permettent la collecte des eaux polluées. Au-dessus des déchets de la terre glaise empêche l’eau de pluie de s’infiltrer. » poursuit notre guide. Les déchets ainsi pris en étau fermentent et dégagent du méthane, lui-même récupéré dans un système de tuyauterie. Ce précieux gaz est ensuite conduit jusqu’aux pistons de quatre gros moteurs thermiques et transformé en électricité. Les électrons sont revendus au réseau à un prix deux fois supérieur au prix du marché grâce à son côté écologique.
Un nouveau développement
Les six dernières années ont été difficiles économiquement pour le pays. La quantité de déchets a donc naturellement diminué, rendant les affaires de Getlini moins rentables. Mais l’entreprise n’est pas restée les bras croisé face à cela et a lancé un nouveau projet. « Nous récupérions 40% de l’énergie sous forme électrique, mais ne savions pas que faire de la chaleur. Nous avons donc eu l’idée d’investir dans une serre agricole pour la production de légumes ». Une idée originale dont Aigars Peksens tire une certaine fierté, car en Lettonie les températures glaciales et les journées courte de l’automne rendent l’agriculture difficile. « Ici au nord, la production de tomate n’est simplement pas viable. Par contre, en industrialisant la production dans une serre chauffée 10 mois par an, cela nous procure de bons revenus. Nous pouvons rembourser la Banque Mondial et fournir du travail à trois employés à plein temps ». Chauffée par le soleil à travers la serre ou par l’eau de refroidissement des moteurs thermiques de l’usine, la jardinière de la décharge produit la coquette somme de 1500 tonnes de tomates par an. Les bacs sont alignés par centaines et équipés de rails pour tabourets. Les petites mains y travaillent assises dans les meilleures conditions. « Cela fonctionne si bien que nous allons construire une deuxième serre tout prochainement » conclut-il. Et nous de nous dire que les mouettes ne savent pas ce qu’elles ratent en fouinant dans les déchets juste à côtés de beaux légumes !

Trois employés travaillent à plein temps à la production de tomates. La récolte est possible 10 mois par an.
La décharge en chiffres:
- Production d’électricité: 28’000 MWh/an (équivalent à 6000 ménages suisses).
- Traitement de 300 – 400’000 tonnes de déchets par an
- Production de gaz naturel: 400 m3/h, 24h/24h.
- Production de tomates: 1500 tonnes/an




