Les éoliennes finlandaises à la conquête du Grand Nord.

L’organisation de rencontres autour des questions environnementales permet souvent d’apprécier certains facteurs culturels ! Le dernier en date a été la table ronde organisée cher l’Ambassadeur de Suisse à Helsinki. Lors de notre venue en Finlande, une invitation a été lancée auprès des acteurs de la croissance verte de la capitale. Rendez-vous a été pris à 19h à la résidence de Suisse. A 18h55, avec une ponctualité dont le plus suisse d’entre nous rougirait, une petite dizaine de personnes arrivent à pied ! Costards cravattes fermés jusqu’au dernier bouton, nos invités, sans exceptions, ont pris les transports publics. Parmi eux, Antti Laakso directeur marketing de l’entreprise Winwind, le 4ème plus important producteur d’éoliennes au monde. Il m’avouera plus tard avoir fait 20 minutes à pied depuis la station de train pour se joindre à nous. Après une soirée aussi chaleureuse qu’intéressante, les rendez-vous sont pris pour les visites des prochains jours.


Une table ronde organisée pour rencontrer les acteurs de la croissance verte en Finlande. La dizaine d'invités sont tous arrivés en transports publiques.

Le lendemain je me dirige vers Espoo (une banlieue de Helsinki) pour visiter le siège social de Winwind. Le chemin qui mène aux quartiers d’affaires laisserait plutôt imaginer qu’il s’agit d’une région propice au tourisme ou à la pêche ; presque aucun trafic, des lacs ou fjords tous plus grandioses les uns que les autres et une nature intacte. Mais au milieu de la végétation, une série de buildings plus beaux les uns que les autres surplombe les bouleaux et les sapins. De sa fenêtre du 3ème étage, Antti Laakso me glisse « effectivement, il y a pire comme décors. Nous sommes ici au coeur des technologies finlandaises. Juste à côté, il y a Nokia et beaucoup d’autres grandes entreprises ». Place à la visite.

Une jeune entreprise

Winwind est une entreprise créé par la volonté d’investisseurs, il y a seulement 11 ans. Les connaissances ont été achetées en Allemagne en débauchant un spécialiste de l’énergie éolienne d’une autre entreprise. La région disposant d’une concentration extraordinaire de savoir-faire dans les technologies avancées, ces connaissances ont suffit pour créer une première éolienne de 1 MW. Aujourd’hui, l’entreprise dispose d’éoliennes de 3MW produites en Finlande pour le marché européen et de l’éolienne traditionnelle de 1MW produite en Inde pour le marché asiatique. Comme pour marquer le produit de l’esprit du sauna finlandais, le savoir-faire s’est développé pour les éoliennes en milieu très froid. Rod Gilmore ingénieur des ventes depuis 5 ans chez Winwind explique la problématique «ici nous devons lutter contre des très grands froids. Nos éoliennes peuvent travailler jusqu’à des températures de -30°C. Le problème est que de la glace se pose sur les pâles et fait chuter la production jusqu’à 30%. Nous avons donc développé des systèmes de dégel dans les pâles. En parallèle, pour éviter des arrêts dus à la maintenance, nous avons placés tous les composants techniques au pied de l’éolienne et non au niveau du rotor. »


La maintenance des éoliennes doit pouvoir être effectuée avec des températures jusqu'à -30°C.

Des contraintes adminsitratives

Si la technique n’évolue plus beaucoup, les problèmes qui limitent le développement de cette énergie viennent d’ailleurs. Antti Laakso en explique les raisons : « dans le meilleur des cas, pour réussir l’implantation d’éoliennes, il faut compter deux ans, mais c’est souvent plus. Nous devons lever les obstacles administratifs, ce qui inclus : une étude environnementale, le respect des règles de construction et l’obtention d’un permis de construire. Dans le dossier, il faut tenir compte des règles aériennes particulièrement de l’aviation de plaisance, de l’interférence avec les radars ainsi que des nuisances provoquées sur les oiseaux et les chauve-souris. Puis enfin, les militaires peuvent s’y opposer. ». La Finlande n’étant que peu peuplée, la tentation d’aller très au nord pour éviter les procédures et trouver les forts vents glaciaux est donc grande. Ce qui nécessite justement des éoliennes conçues pour le grand froid. Toutefois, les coûts de l’éolienne ne représentent en moyenne que 70% des coûts du projet. Car parfois, il faut construire jusqu’à dix kilomètres de route dans la forêt pour installer des turbines, puis il faut les relier électriquement. Une gestion de projets qui peut être réalisée par le fabricant de l’éolienne lui-même ou par des entreprises spécialisées dans ce genre de travaux.


L'équipe de Winwind devant la maquette de leur éolienne de 3MW. De gauche à droite: Rod Gilmore, Kaski Katja, Antti Laakso.


Les contraintes régionales ne s’arrêtent pas là. La Finlande étant un pays recouvert de nombreuses forêts les turbulences au sol nécessitent un design particulier. « Contrairement aux éoliennes off-shore (en mer) nous devons nous éloigner du sol pour éviter les turbulences, nous proposons donc des mâts très hauts. Et pour être concurrentiels dans les faibles vents, nous avons développés de très grands rotors » conclut Rod Gilmore.Selon Winwind, l’avenir de l’éolien finlandais passe donc par cette nouvelle éolienne de 180 mètres de haut avec un rotor de 120 mètres de diamètre, chauffé en hivers ! Les oiseaux apprécieront donc les jours sans vents pour se réchauffer les pattes.


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