Archive pour ‘On the road’

août 13, 2011

Un instant d’éternité.

Après 15’000 km, notre chère Icarette a quelques problèmes de vieillesse. Une carte électronique a pris feu à Helsinki, l’électronique principale s’arrête mystérieusement tous les 100 km, et un des chargeurs de secours vient de rendre l’âme. Ces petits soucis techniques tentent de ralentir cette dernière étape européenne, mais heureusement, les choses ayant été bien conçues et tous les éléments doublés ou triplés ces pannes n’arrêtent que rarement le convoi.

Passage au Danemark depuis la Suède. 15'000 km Icarette commence à se faire vieille!

Il y a par contre une forme de crainte irrationnelle qui naît, celle de la peur de la panne. Comme lorsque l’on part en vacances avec une vieille voiture. On ne sait jamais si elle va lâcher, alors qu’elle fonctionne à merveilles depuis des années. Cette irrationalité m’encourage à éviter au maximum les autoroutes qui sont souvent bondées et dont les usagers ne peuvent pas s’empêcher d’être irrités par la présence du microbe gênant que je suis. Mais parfois, il n’y a pas le choix. Pour traverser le Danemark d’est en ouest, il faut franchir un pont autoroutier de 30 km. Pour tout avouer, je le craignais ce pont ; 30 km sans pistes d’arrêt d’urgence, deux voies surchargées de camions et de bus-campings et une longue montée à presque 150m d’altitude pour laisser passer les ferries.

Dimanche dernier, après la séance de contrôles techniques hebdomadaires, je prend mon courage à deux mains et me lance. Je débranche le système solaire pour connecter les batteries en parallèle et augmenter au maximum la puissance du moteur. Je range tous les bagages soigneusement dans la remorque pour la lester, cela stabilise la voiture. Et enfin, je place le chien (Pita) le plus en avant possible de la voiture, aux pieds passagers. Je programme mon GPS pour entrer sur l’autoroute le plus tard possible et la quitter aussitôt l’obstacle derrière moi. Et c’est parti. En longeant la côte, je vois le pont se dresser au-dessus de la mer. Une immense construction qui domine toute la région. Je m’en approche durant plusieurs kilomètres, mais sa taille donne l’illusion qu’il reste infiniment sur l’horizon, qu’il ne veut pas venir à moi.

Début de la montée, ça ralentit.

Je finis par me retrouver au péage dans l’une de ces longues files de vacanciers aussi impatients que frénétiques. L’électricité statique est presque visible. Une dernière explication : « non, c’est officiellement une moto, je dois payer moins ! », puis je me lance. Les motards à ma gauche hurlent leur désir de s’élancer et me donnent une dernière montée d’adrénaline. J’appuie le bouton des gaz à fond dans une accélération aussi ridicule qu’inutile ; derrière moi une immense queue se forme immédiatement. Devant moi, le pont se dresse, immense. Je ressens ces centaines de vacanciers, énervés à leurs volants, cherchant à me dépasser quitte à dépasser en premier ceux qui les précèdent par la droite. A peine la montée commence que la vitesse ralentit, 80, 70, 65, 60 km/h…, En prenant de l’altitude, le vent se met à souffler de plus en plus fortement. La remorque se balance soudainement de tous les côtés et fait des bons d’un mètre de gauche à droite. Avec les remouds, les moteurs des autres véhicules, et les secousses, je n’entend plus rien d’autre qu’un énorme bruit de fond. Dans ce vacarme, je me mets à taper sur le pare-brise d’Icarette et lui hurler « vas-y ma grande, fais-le ! »

Pita me regarde, la tête sur le côté, en se disant, mais pourquoi il crie cet imbécile ? Même incompris, je reste concentré et tiens le joystick à deux mains. Alors que je me bat avec et contre ma voiture, un sentiment d’immensité m’envahit. Le vent est le seul maître à bord, encore plus fort que cette construction humaine. En dessous de moi, les éoliennes off-shore ressemblent à de petits mécanismes insignifiants. Les couleurs bleu et blanc se reflètent dans l’océan où la ligne d’horizon disparaît dans un mélange d’air et de mer. Suis-je encore dans ce monde ? Suis-je au-dessus de ce monde ? Toute cette vie, toutes ces couleurs et ces odeurs, je les traverse depuis des mois, comme un spectateur absent de la scène qui ne fait que contempler mais qui en partage toutes les émotions. Aujourd’hui je n’arrive pas à la garder cette émotion, elle me submerge. Si le moment est extraordinaire, il est aussi l’un des derniers du périple d’ICARE. Des larmes me viennent, car je met le cap vers la maison en ayant, peut-être pour la dernière fois, touché l’un de ces instants magiques où le voyage vous enrobe de ses parfums. Un goéland vole à ma hauteur, lui aussi au-dessus du monde, mes pieds ne touchent plus le sol, je suis ensorcelé. Cela reste gravé dans la mémoire pour une vie.

Un moment de tristesse ou de joie, je ne sais pas, je rentre à la maison!

juillet 28, 2011

Les éoliennes finlandaises à la conquête du Grand Nord.

L’organisation de rencontres autour des questions environnementales permet souvent d’apprécier certains facteurs culturels ! Le dernier en date a été la table ronde organisée cher l’Ambassadeur de Suisse à Helsinki. Lors de notre venue en Finlande, une invitation a été lancée auprès des acteurs de la croissance verte de la capitale. Rendez-vous a été pris à 19h à la résidence de Suisse. A 18h55, avec une ponctualité dont le plus suisse d’entre nous rougirait, une petite dizaine de personnes arrivent à pied ! Costards cravattes fermés jusqu’au dernier bouton, nos invités, sans exceptions, ont pris les transports publics. Parmi eux, Antti Laakso directeur marketing de l’entreprise Winwind, le 4ème plus important producteur d’éoliennes au monde. Il m’avouera plus tard avoir fait 20 minutes à pied depuis la station de train pour se joindre à nous. Après une soirée aussi chaleureuse qu’intéressante, les rendez-vous sont pris pour les visites des prochains jours.


Une table ronde organisée pour rencontrer les acteurs de la croissance verte en Finlande. La dizaine d'invités sont tous arrivés en transports publiques.

Le lendemain je me dirige vers Espoo (une banlieue de Helsinki) pour visiter le siège social de Winwind. Le chemin qui mène aux quartiers d’affaires laisserait plutôt imaginer qu’il s’agit d’une région propice au tourisme ou à la pêche ; presque aucun trafic, des lacs ou fjords tous plus grandioses les uns que les autres et une nature intacte. Mais au milieu de la végétation, une série de buildings plus beaux les uns que les autres surplombe les bouleaux et les sapins. De sa fenêtre du 3ème étage, Antti Laakso me glisse « effectivement, il y a pire comme décors. Nous sommes ici au coeur des technologies finlandaises. Juste à côté, il y a Nokia et beaucoup d’autres grandes entreprises ». Place à la visite.

Une jeune entreprise

Winwind est une entreprise créé par la volonté d’investisseurs, il y a seulement 11 ans. Les connaissances ont été achetées en Allemagne en débauchant un spécialiste de l’énergie éolienne d’une autre entreprise. La région disposant d’une concentration extraordinaire de savoir-faire dans les technologies avancées, ces connaissances ont suffit pour créer une première éolienne de 1 MW. Aujourd’hui, l’entreprise dispose d’éoliennes de 3MW produites en Finlande pour le marché européen et de l’éolienne traditionnelle de 1MW produite en Inde pour le marché asiatique. Comme pour marquer le produit de l’esprit du sauna finlandais, le savoir-faire s’est développé pour les éoliennes en milieu très froid. Rod Gilmore ingénieur des ventes depuis 5 ans chez Winwind explique la problématique «ici nous devons lutter contre des très grands froids. Nos éoliennes peuvent travailler jusqu’à des températures de -30°C. Le problème est que de la glace se pose sur les pâles et fait chuter la production jusqu’à 30%. Nous avons donc développé des systèmes de dégel dans les pâles. En parallèle, pour éviter des arrêts dus à la maintenance, nous avons placés tous les composants techniques au pied de l’éolienne et non au niveau du rotor. »


La maintenance des éoliennes doit pouvoir être effectuée avec des températures jusqu'à -30°C.

Des contraintes adminsitratives

Si la technique n’évolue plus beaucoup, les problèmes qui limitent le développement de cette énergie viennent d’ailleurs. Antti Laakso en explique les raisons : « dans le meilleur des cas, pour réussir l’implantation d’éoliennes, il faut compter deux ans, mais c’est souvent plus. Nous devons lever les obstacles administratifs, ce qui inclus : une étude environnementale, le respect des règles de construction et l’obtention d’un permis de construire. Dans le dossier, il faut tenir compte des règles aériennes particulièrement de l’aviation de plaisance, de l’interférence avec les radars ainsi que des nuisances provoquées sur les oiseaux et les chauve-souris. Puis enfin, les militaires peuvent s’y opposer. ». La Finlande n’étant que peu peuplée, la tentation d’aller très au nord pour éviter les procédures et trouver les forts vents glaciaux est donc grande. Ce qui nécessite justement des éoliennes conçues pour le grand froid. Toutefois, les coûts de l’éolienne ne représentent en moyenne que 70% des coûts du projet. Car parfois, il faut construire jusqu’à dix kilomètres de route dans la forêt pour installer des turbines, puis il faut les relier électriquement. Une gestion de projets qui peut être réalisée par le fabricant de l’éolienne lui-même ou par des entreprises spécialisées dans ce genre de travaux.


L'équipe de Winwind devant la maquette de leur éolienne de 3MW. De gauche à droite: Rod Gilmore, Kaski Katja, Antti Laakso.


Les contraintes régionales ne s’arrêtent pas là. La Finlande étant un pays recouvert de nombreuses forêts les turbulences au sol nécessitent un design particulier. « Contrairement aux éoliennes off-shore (en mer) nous devons nous éloigner du sol pour éviter les turbulences, nous proposons donc des mâts très hauts. Et pour être concurrentiels dans les faibles vents, nous avons développés de très grands rotors » conclut Rod Gilmore.Selon Winwind, l’avenir de l’éolien finlandais passe donc par cette nouvelle éolienne de 180 mètres de haut avec un rotor de 120 mètres de diamètre, chauffé en hivers ! Les oiseaux apprécieront donc les jours sans vents pour se réchauffer les pattes.


mai 27, 2011

Sur les traces du communisme

La traversée de la Bulgarie par la Mer Noire et l’arrivée en Roumanie sont probablement l’un des chemins les plus riches sur le plan des découvertes que j’aie pu faire.

mai 20, 2011

Malgré une défaillance du système solaire, Icare arrive à Budapest

Un premier problème au système solaire m’immobilise. La remorque comporte 396 cellules solaires divisées en 3 groupes. Si un groupe tombe en panne, les autres continuent à produire. Une cellule solaire est défaillante. Je recâble pour l’éliminer et pourrai repartir demain. Bref passage chez un agent Bosch Electronic recontré par chance dans la ville de Szolnok. La langue hongroise n’a aucune similitude, ni avec le français, ni l’anglais, ni l’allemand. Les explications avec les mains sont à mourir de rire.

Déjà 1 700 kilomètres parcourus à l’est, à travers la Bulgarie, la Transilvanie et les Carpattes. Depuis le 18 mai 2011, je suis à Budapest en Hongrie.

Je resterai dans la capitale 10 jours pour rencontrer le gouvernement, des associations et une usine à biomasse.

De la matière pour de nouveaux reportages.

mai 5, 2011

Icare est reparti sur la route : à 10 km/h sur les routes en terre…

Marc Muller et sa voiture solaire se sont arrêtés à Istanbul deux semaines pour dédouaner la voiture et effectuer les réparations suite aux pannes au Pérou. Prochaine étape : la Bulgarie. 

Un hôtel très accueillant sur un bord de mer en Bulgarie. Les enfants accourent pour voir la voiture.

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avril 27, 2011

Le Projet Icare étrenne son étape turque par un méchant braquage

Article publié dans La Liberté du 27 avril 2011, à télécharger ici.

Malgré une agression, l’ingénieur Marc Muller a entamé, à Istanbul, la seconde moitié de son périple en véhicule éolio-solaire. Direction : la Bulgarie. 

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mars 14, 2011

Chargée, la voiture d’Icare est en route pour Istanbul (VIDEO)

Chargée à Lima au Pérou, la voiture éolio-solaire vogue sur le Pacifique et rejoindra Istanbul à la mi-avril. L’occasion pour l’équipe d’Icare de revenir en Suisse et de présenter le récit de la première partie de l’aventure: interviews de ministres, administrations ahurissantes et autres crevaisons au Kansas.
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février 17, 2011

Guayaquil – Lima, deux mois de route en voiture solaire

Découvrez le carnet de route du projet Icare, la petite voiture solaire suisse entre l’Equateur et le Pérou. Deux mois de route et de rencontres racontés en vidéo. Les douanes, deux ministres équatorien et péruvien, et nos premiers tours de roues solaires au sud.

février 11, 2011

Le prix à payer est celui du temps qui passe (ou le récit non nuancé de l’importation de nouvelles batteries au Pérou)

Corruption et pots de vins. Ces mots collent à la peau de l’Amérique du Sud. Pourtant, ils ne correspondent aucunement à nos aventures, puisque, malgré les nombreux blocages subis, aucun dollar n’a été dépensé sous la table. Le prix à payer est ailleurs : il se trouve dans la lenteur et la complexité étourdissante des administrations.

En Amérique du Sud, la souffrance vient du temps qui passe. C’est la punition de l’ambition, le prix de l’audace et la réponse de l’impuissant. Alors, il faut compter ses ressources en heures et en jours et adopter ce regard vide de l’attente sans fin. Pour ne pas perdre espoir, il faut voir loin, très loin, dans des pays qui ne connaissent pourtant que le présent.

Je regarde rapidement derrière l’épaule et suis effrayé par le chemin réalisé ces 11 derniers jours.  Effrayé surtout de constater les forces qui retiennent un pays d’avancer. Effrayé de réaliser que cette fenêtre ouverte ici est le quotidien de bien d’autres. Effrayé de passer près de cent heures à remplir des papiers et négocier sans fin avec des agents de douane méprisants. Ironiquement, j’ai l’envie de dire, tenir le siège pour épuiser l’adversaire. Car ses armes sont puissantes et invincibles et elles portent un nom : administration! Pour un modeste colis de 10kg (contenant des éléments Lithium, un chargeur de batteries et un tube en aluminium), il aura fallu l’implication de trois administrations, dix guichets différents et environ 100 formulaires A4.

Si l’on fait le compte dans l’autre sens, on sera abasourdi par ce qu’aura coûté aux autorités péruviennes mon bref passage : dix fonctionnaires aux guichets durant une heure chacun, trente contrôles sécurisés, des dizaines de téléphones, des agents de polices sécurisant les bâtiments, des ordinateurs, de l’électricité, des bâtiments, du papier, des imprimantes, de l’archivage, des parkings et des infrastructures.

Les agents de douanes attendent leur tour et refont le monde

Ce grand total converti, c’est probablement  100 – 150 heures de fonctionnariat et certainement au moins 1000 dollars que le Pérou aura payé à mon égard pour sa folie du contrôle systématique. Mais Adam Smith caresse de sa main invisible ce genre de gâchis et les centaines de malheureux dans mon cas s’épuisant devant les guichets génèrent par leurs besoins une véritable « économie de la douane ». Aux abords de l’enceinte naissent des restaurants, banques, agents de douanes privés et chauffeurs de taxis qui profitent de l’aubaine et travaillent à l’année. Ce sont de véritables centres commerciaux spécialisés en tracasseries douanières. Par la folie administrative nait un marché parallèle, comme une provocation que personne ne conteste, préférant à la protestation la résignation et ce regard tellement vide qui caractérise le Sud.

L'avant dernier rempart: payer les taxes à la banque. L'administration exige un virement et non un paiement. La file témoigne de l'efficacité du système

Ce n’est finalement pas la conformité avec les exigences administrative qui aura libéré le colis tant espéré, mais bien mon terrorisme psychologique exercé sur la caissière de FedEx au bord des larmes. Des forces animalières ou génétiques, que sais-je, me sont parvenues instinctivement et mes « Ahora » (maintenant) hurlés à tout rompre, accompagnés de frénétiques frappes du poing sur le guichet auront brisé cette dernière résistance veine et ouvert les portes de la liberté retrouvée. Mes nouvelles batteries sous le bras, dans deux jours, je reprends la route.

 


février 4, 2011

Le projet Icare reçu au Ministère péruvien de l’environnement

Nous avons été accueillis par le Ministre de l’environnement, Monsieur Antonio Brack Egg au milieu d’une foule dense de médias. Les questions légitimes des journalistes soulevaient un doute universel: ” C’est pour quand la voiture électrique depuis le temps qu’on nous l’a promet !”. Le ministre nous a ensuite reçu chaleureusement et nous avons pu échanger quelques propos sur sa politique environnementale.

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