Archive pour ‘Reportages’

juillet 28, 2011

Les éoliennes finlandaises à la conquête du Grand Nord.

L’organisation de rencontres autour des questions environnementales permet souvent d’apprécier certains facteurs culturels ! Le dernier en date a été la table ronde organisée cher l’Ambassadeur de Suisse à Helsinki. Lors de notre venue en Finlande, une invitation a été lancée auprès des acteurs de la croissance verte de la capitale. Rendez-vous a été pris à 19h à la résidence de Suisse. A 18h55, avec une ponctualité dont le plus suisse d’entre nous rougirait, une petite dizaine de personnes arrivent à pied ! Costards cravattes fermés jusqu’au dernier bouton, nos invités, sans exceptions, ont pris les transports publics. Parmi eux, Antti Laakso directeur marketing de l’entreprise Winwind, le 4ème plus important producteur d’éoliennes au monde. Il m’avouera plus tard avoir fait 20 minutes à pied depuis la station de train pour se joindre à nous. Après une soirée aussi chaleureuse qu’intéressante, les rendez-vous sont pris pour les visites des prochains jours.


Une table ronde organisée pour rencontrer les acteurs de la croissance verte en Finlande. La dizaine d'invités sont tous arrivés en transports publiques.

Le lendemain je me dirige vers Espoo (une banlieue de Helsinki) pour visiter le siège social de Winwind. Le chemin qui mène aux quartiers d’affaires laisserait plutôt imaginer qu’il s’agit d’une région propice au tourisme ou à la pêche ; presque aucun trafic, des lacs ou fjords tous plus grandioses les uns que les autres et une nature intacte. Mais au milieu de la végétation, une série de buildings plus beaux les uns que les autres surplombe les bouleaux et les sapins. De sa fenêtre du 3ème étage, Antti Laakso me glisse « effectivement, il y a pire comme décors. Nous sommes ici au coeur des technologies finlandaises. Juste à côté, il y a Nokia et beaucoup d’autres grandes entreprises ». Place à la visite.

Une jeune entreprise

Winwind est une entreprise créé par la volonté d’investisseurs, il y a seulement 11 ans. Les connaissances ont été achetées en Allemagne en débauchant un spécialiste de l’énergie éolienne d’une autre entreprise. La région disposant d’une concentration extraordinaire de savoir-faire dans les technologies avancées, ces connaissances ont suffit pour créer une première éolienne de 1 MW. Aujourd’hui, l’entreprise dispose d’éoliennes de 3MW produites en Finlande pour le marché européen et de l’éolienne traditionnelle de 1MW produite en Inde pour le marché asiatique. Comme pour marquer le produit de l’esprit du sauna finlandais, le savoir-faire s’est développé pour les éoliennes en milieu très froid. Rod Gilmore ingénieur des ventes depuis 5 ans chez Winwind explique la problématique «ici nous devons lutter contre des très grands froids. Nos éoliennes peuvent travailler jusqu’à des températures de -30°C. Le problème est que de la glace se pose sur les pâles et fait chuter la production jusqu’à 30%. Nous avons donc développé des systèmes de dégel dans les pâles. En parallèle, pour éviter des arrêts dus à la maintenance, nous avons placés tous les composants techniques au pied de l’éolienne et non au niveau du rotor. »


La maintenance des éoliennes doit pouvoir être effectuée avec des températures jusqu'à -30°C.

Des contraintes adminsitratives

Si la technique n’évolue plus beaucoup, les problèmes qui limitent le développement de cette énergie viennent d’ailleurs. Antti Laakso en explique les raisons : « dans le meilleur des cas, pour réussir l’implantation d’éoliennes, il faut compter deux ans, mais c’est souvent plus. Nous devons lever les obstacles administratifs, ce qui inclus : une étude environnementale, le respect des règles de construction et l’obtention d’un permis de construire. Dans le dossier, il faut tenir compte des règles aériennes particulièrement de l’aviation de plaisance, de l’interférence avec les radars ainsi que des nuisances provoquées sur les oiseaux et les chauve-souris. Puis enfin, les militaires peuvent s’y opposer. ». La Finlande n’étant que peu peuplée, la tentation d’aller très au nord pour éviter les procédures et trouver les forts vents glaciaux est donc grande. Ce qui nécessite justement des éoliennes conçues pour le grand froid. Toutefois, les coûts de l’éolienne ne représentent en moyenne que 70% des coûts du projet. Car parfois, il faut construire jusqu’à dix kilomètres de route dans la forêt pour installer des turbines, puis il faut les relier électriquement. Une gestion de projets qui peut être réalisée par le fabricant de l’éolienne lui-même ou par des entreprises spécialisées dans ce genre de travaux.


L'équipe de Winwind devant la maquette de leur éolienne de 3MW. De gauche à droite: Rod Gilmore, Kaski Katja, Antti Laakso.


Les contraintes régionales ne s’arrêtent pas là. La Finlande étant un pays recouvert de nombreuses forêts les turbulences au sol nécessitent un design particulier. « Contrairement aux éoliennes off-shore (en mer) nous devons nous éloigner du sol pour éviter les turbulences, nous proposons donc des mâts très hauts. Et pour être concurrentiels dans les faibles vents, nous avons développés de très grands rotors » conclut Rod Gilmore.Selon Winwind, l’avenir de l’éolien finlandais passe donc par cette nouvelle éolienne de 180 mètres de haut avec un rotor de 120 mètres de diamètre, chauffé en hivers ! Les oiseaux apprécieront donc les jours sans vents pour se réchauffer les pattes.


juillet 8, 2011

De l’ordure à la tomate, l’idée géniale de la Capitale Lettone.

Notre imaginaire du développement durable s’est beaucoup construit autour d’images fortes tels que les gigantesques éoliennes du nord ou des projets de communication comme SolarImpulse. Pourtant autour de ces visions de rêve d’autres projets aussi repoussant que hideux contribuent eux-aussi à réduire notre impact environnemental. En Lettonie, sur l’axe autoroutier nord-sud, à quelques kilomètres de Riga – la Capitale -un petit écriteau nous invite à quitter la grande route : Getlini Eko. En voyant les camions défiler et les ordures au détour des forêts, on peut se demander ce qu’il y a d’« éco » dans le coin. Un sentiment qui ne se dissout d’ailleurs pas à la vue des milliers d’oiseaux charognards qui indiquent le business dans lequel Getlini évolue : le retraitement des déchets de toute la région. Ces idées pré-construites s’effondreront pourtant à la première minute de la visite en comprenant de quoi il s’agit. 1000 tonnes d’ordures ménagères arrivent quotidiennement de la ville de Riga et des communes périphériques pour être transformées en électricité et … – génialement – en tomates !

1000 tonnes d'ordures arrivent quotidiennement à la décharge depuis la ville de Riga et sa périphérie.

Première étape l’assainissement

Après avoir réalisé un Master en Hydraulique et en Gestion Environnementale, Aigards Peksens a pris la direction technique de l’entreprise il y a 12 ans. Il n’est pas du genre bavard et résume simplement la situation. « C’est presque impossible de gagner de l’argent avec les déchets, c’est pourquoi nous les transformons en l’électricité que nous revendons ». Cette problématique dans les pays en développement est un vrai casse-tête que nous avons eu l’occasion de côtoyer sur plusieurs continents. Dans ces économies nouvellement capitalistes au fur et à mesure de la croissance économique les déchets s’amoncellent et sont, dans le meilleur des cas, entassés en bordures des villes. Pourtant en Lettonie, le problème a été saisi à bras le corps à peine 7 ans après la déclaration d’indépendance, en 1998. «La Banque Mondial, le gouvernement Letton, la ville de Riga et la ville de Stopini se sont associés pour assainir la décharge régional de Riga, une première étape. » nous explique-t-il.

Aigards Peksens, directeur technique de Getlini. En arrière plan, la serre chauffées par les ordures ménagères.

La société publique Getlini Eko a d’abord recouvert les anciens déchets datant des années 70, puis a crée de grands espaces pour sécuriser les nappes phréatiques. « Sous les montagnes de détritus, des terres spéciales recouvertes d’un système d’étanchéité permettent la collecte des eaux polluées. Au-dessus des déchets de la terre glaise empêche l’eau de pluie de s’infiltrer. » poursuit notre guide. Les déchets ainsi pris en étau fermentent et dégagent du méthane, lui-même récupéré dans un système de tuyauterie. Ce précieux gaz est ensuite conduit jusqu’aux pistons de quatre gros moteurs thermiques et transformé en électricité. Les électrons sont revendus au réseau à un prix deux fois supérieur au prix du marché grâce à son côté écologique.

Depuis la déchetterie, le gaz naturel est amené dans cette usine qui le transforme en électricité.

Un nouveau développement

Les six dernières années ont été difficiles économiquement pour le pays. La quantité de déchets a donc naturellement diminué, rendant les affaires de Getlini moins rentables. Mais l’entreprise n’est pas restée les bras croisé face à cela et a lancé un nouveau projet. « Nous récupérions 40% de l’énergie sous forme électrique, mais ne savions pas que faire de la chaleur. Nous avons donc eu l’idée d’investir dans une serre agricole pour la production de légumes ». Une idée originale dont Aigars Peksens tire une certaine fierté, car en Lettonie les températures glaciales et les journées courte de l’automne rendent l’agriculture difficile. « Ici au nord, la production de tomate n’est simplement pas viable. Par contre, en industrialisant la production dans une serre chauffée 10 mois par an, cela nous procure de bons revenus. Nous pouvons rembourser la Banque Mondial et fournir du travail à trois employés à plein temps ». Chauffée par le soleil à travers la serre ou par l’eau de refroidissement des moteurs thermiques de l’usine, la jardinière de la décharge produit la coquette somme de 1500 tonnes de tomates par an. Les bacs sont alignés par centaines et équipés de rails pour tabourets. Les petites mains y travaillent assises dans les meilleures conditions. « Cela fonctionne si bien que nous allons construire une deuxième serre tout prochainement » conclut-il. Et nous de nous dire que les mouettes ne savent pas ce qu’elles ratent en fouinant dans les déchets juste à côtés de beaux légumes !

Trois employés travaillent à plein temps à la production de tomates. La récolte est possible 10 mois par an.

La décharge en chiffres:

  • Production d’électricité: 28’000 MWh/an (équivalent à 6000 ménages suisses).
  • Traitement de 300 – 400’000 tonnes de déchets par an
  • Production de gaz naturel: 400 m3/h, 24h/24h.
  • Production de tomates: 1500 tonnes/an

Quelques minutes en fin de visite pour présenter Icarette à Monsieur Peskens.

mai 16, 2011

Istanbul plombé par sa croissance

Article paru dans La Liberté du 16 mai 2011.

Les prémices écologiques calqués sur le modèle de l’ouest se heurtent à Istanbul à l’enthousiasme général pour la croissance folle. Cet essor spectaculaire rend la ville otage de ses besoins énergétiques exponentiels. 

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avril 1, 2011

Lorsque les étudiants mettent la main à la pâte

Le projet Icare, c’est avant tout une aventure d’étudiants. Ils sont une vingtaine à avoir travaillé sur la voiture. Reportage. 

février 27, 2011

Le projet Icare victime de la lourdeur des douanes

Article paru dans La Liberté du mardi 22 février. A télécharger ici

Victime d’incessantes tracasseries administratives et douanières, le projet Icare, parti à la découverte des économies durables de la planète, a pris de gros retards en Amérique du Sud.

février 9, 2011

Yasuni-ITT, Le chantage écologique

Article publié dans La Liberté du 7 février 2011. A télécharger ici.

L’Equateur est prêt à renoncer à exploiter 20% de son pétrole dans le parc naturel Yasuni pour préserver sa biodiversité. Condition: que l’ONU rachète « symboliquement » le pétrole.  Une initiative à double tranchant.

janvier 23, 2011

Une carte postale de Mancora

Mancora, Nord du Pérou. Le long d’un bord de mer fabuleux, la panaméricaine non goudronnée traverse un village de pécheurs. De petites embarcations de bois remplissent des filets de poissons dans une eau bleue abondante en vie. A travers les vagues, les bancs de poissons brillent comme des étoiles filantes visibles depuis la plage où courent des milliers de crabes. La vie est tranquille à la porte du désert sud-américain. A quelques centaines de mètres dans les terres, les températures montent pourtant au-dessus de 40°C la journée et la végétation est inexistante car les pluies sont rares. Nous sommes en 1980.

Aux portes du désert, les hôtels rejoignent le bord de mer dans une vision paradisiaque.

Malchance ou coup de chance, l’une de nos batteries a décidé de nous immobiliser ici, à Mancora. Une famille de la région nous héberge cinq jours et nous fait découvrir l’histoire du village, ou plutôt l’histoire sans fin du développement incontrôlé. En 1990, des investisseurs voient dans la beauté de la rive une possibilité d’exploitation touristique. Les vagues sont belles, la côte attractive. Un premier hôtel voit le jour, qui sera suivi de centaines d’autres.

Didier, ce Français de 32 ans, marié à une péruvienne du coin nous explique depuis son canöé : « Il y a 6 ans les hôtels ont fleuri comme des petits pains. Mais malheureusement tout est corrompu ». Si lui y voit un moyen de blanchir l’argent de la drogue dans l’immobilier, pour d’autres, c’est un paradis terrestre. Christine, mère de 5 enfants habitant actuellement au Chilim se réjouit. « Mon mari avait fin nez. Nous avons acheté il y a 25 ans 1,5 km de côte et y avons construit notre maison avant l’afflux d’investisseurs. J’y ai vécu 10 ans et c’est aujourd’hui notre lieu de vacances. » Également co-propriétaire de l’hôtel voisin, elle vient de construire deux bungalows à 250 000 dollars avec piscines privées. Un luxe, même pour elle, originaire de Lima, lorsque le salaire moyen tourne autour des 200 dollars par mois.

Les touristes et les pŽêcheurs : la transition d'une économie à l'autre.

Cette explosion du tourisme transforme totalement l’économie locale. Fernandez, né à Mancora a terminé ses études d’ingénieur dans la marine militaire. Pourtant, il a préféré quitter son travail pour rejoindre son village natal. « Ici, une entreprise me paie en moyenne 600 soles, à peu près 200 dollars. Par contre, en donnant des cours de surf, je peux gagner 80 dollars en deux jours. Le choix a été vite fait. ». Les petits jobs, comme le sien, rattaché à l’économie touristiques, sont nombreux et rentables : moto-taxis, restaurants, location de surfs, ballades à cheval…

Cette transition vécue comme un miracle économique aux yeux de la plupart illustre pourtant au mieux la tragédie d’un mode de développement détaché de tout rapport à son environnement. Comme le disait Yann Arthus-Bertrand à propos de Dubai, si rien ne semble plus détaché de la nature, rien n’est plus dépendant de la nature que Mancora. Après seulement six années de croissance les limites sont déjà atteintes dans ce désert aride. L’eau potable disponible en abondance avant l’arrivée du tourisme est aujourd’hui aléatoire, seulement une fois par jour ou une fois tous les trois jours. Les tuyaux publics n’étant que rarement sous pression obligent les maisons à s’équiper de bassins d’accumulation. Didier précise qu’« évidemment, ici tout est négociable, alors les grands hôtels glissent des billets aux employés du service des eaux et arrosent leurs jardins tranquillement. Au village, les autres habitants n’ont évidemment pas les moyens de telles pratiques. Alors ils ne disposent plus d’eau parfois. » Pour le reste tout est importé : matériaux de construction, viande, nourriture concentrée pour les chevaux, essence, électricité. Comme une île approvisionnée par le continent, la Panaméricaine amène les vivres à destination des touristes et de cette économie du luxe. Les avions passent au loin et rejoignent l’Amérique, l’Europe, ou le sud du pays.

Les jardins sont arrosés quotidiennement et donnent l'impression d'une oasis naturelle.

Les différences faisant naître les jalousies, Mancora subit en parallèle de sa croissance économique, la croissance de sa criminalité. La petite délinquance est quotidienne avec son lot de réponses traditionnelles ; quartiers surveillés, portails grillagés, gardiens privés. Non satisfaits de leur appropriation du bord de mer et des endroits paradisiaques, les nouveaux propriétaires de la région se baladent en gros 4×4 luxueux pour relier deux zones sécurisées. Une ultime provocation qui résonne comme une éternelle incompréhension de l’Autre.

Les poissons morts viennent s'Žéchouer sur les plages à cause de la pollution des égoûts

Le matin, juste avant notre départ pour le sud, nous apprenons par le journal local que les centaines de poissons échoués tous les jours sur les plages meurent à cause des eaux d’égouts pollués. Comme un signe de la mort prochaine de la pêche traditionnelle, l’activité initiale du village devenue cité balnéaire. L’occasion de nous demander quels sacrifices sont prêts à accepter les pays en développement pour ressembler à la carte postale touristique, alors même que la qualité de vie d’une partie des citoyens diminue et que l’environnement rentre dans une phase de deuil.

décembre 28, 2010

La douce révolution du Métrocable (+ bonus/english)

Metrocable est un système de télécabines installé par la communauté urbaine colombienne de Medellin, en complément au métro de Medellin pour permettre d’accéder aux quartiers les moins développés de la commune.

Lire l’article paru dans La Liberté du 27 décembre 2010. Ou à télécharger ici.

Ce projet a été sélectionné par Myclimate à Zürich dans le cadre de la compensation de CO2. Des virements pour l’achat des crédits carbones devraient commencer au printemps depuis la Suisse. En vidéo bonus, l’interview de Martin Jenk, responsable des projets sud-américains chez MyClimate.

décembre 6, 2010

Saut réussi vers les énergies vertes

Article publié le lundi 6 décembre 2010 dans la Liberté. Il peut être téléchargé ici.

Le Colorado attire les entreprises impliquées dans les technologies environnementales. L’Etat a su mettre en place les ingrédients d’une croissance verte. Près de 10% de l’électricité est propre. Et ce n’est qu’un début.

Lorsqu’Atusko Uchida parle du développement de l’économie verte au Colorado, c’est un grand sourire qui apparaît sur ses lèvres. Arrivée du Japon il y a moins d’une année, elle est responsable du développement des produits Zephyr aux Etats-Unis. Cette entreprise vend des éoliennes domestiques jusqu’à une puissance de 2500 Watts. « Les américains sont très sensibles au prix et cherchent avant-tout à garder leur esprit d’indépendance. Etre autonome énergétiquement les intéressent beaucoup.

Ironie du sort, American Zephyr Corporation emménage dans ses nouveaux locaux à Louisville. 65 ans plus tôt, c’est précisément dans cette région que les américains développaient la bombe atomique qui détruisit deux villes japonaises. Le centre de recherche de l’époque est aujourd’hui recouvert de terre contre la radioactivité. A cette emplacement, des éoliennes gigantesques appartenant au centre national de recherche pour les énergies renouvelables (le NREL) sont utilisées comme laboratoire de recherche à ciel ouvert. Situé en périphérie de Denver, entre les déserts arides du Kansas et les montagnes rocheuses, le centre teste des dizaines d’éoliennes et des systèmes solaires avant leur mise sur le marché américain. De la bombe atomique aux énergies renouvelables, la volonté reste la même: être à la pointe de la technologie.

 

Skyfuel et son team, une start-up du NREL développe des capteurs thermosolaires pour la production d'électricité à grande échelle

Une belle leçon de démocratie

Si le Colorado attire les entreprises impliquées dans les technologies environnementales, c’est car cet État a su mettre en place les ingrédients d’une croissance verte. En 2004, une initiative populaire déposée par des associations écologistes exigeait que 3% de l’électricité soit d’origine renouvelable en 2007 et 10% en 2015. Malgré une opposition politique farouche et la pression des lobbies électriques, l’initiative fut acceptée avec 53% des voix. Une première en Amérique. Contre toute attent, à peine trois ans plus tard les 10% sont déjà presque atteint et 17’000 nouveaux emplois durables sont créés dans la région. A cette date, en s’appuyant sur ces résultats, Bill Ritter, fraîchement élu gouverneur, demande à son parlement d’augmenter le standard et de passer l’objectif à 15% en 2015 et 20% en 2020. Ce dernier accepte la requête.

Mais le gouverneur ne s’arrête pas en si bon chemin. Aujourd’hui, début novembre 2010, Bill Ritter revient à la charge et vient de trouver un nouveau consensus avec les fournisseurs d’électricité et son parlement. Ensemble ils signent un engagement pour atteindre 30% d’énergies renouvelables en 2020 et convertir leurs centrales à charbon au gaz naturel.

 

Les éoliennes du NREL recouvrent les anciens laboratoire de recherche nucléaire

Une croissance verte détonante

La production devient de plus en plus propre alors que la consommation d’électricité par habitant au Colorado est pratiquement identique à la Suisse. Ceci alors que la majorité des maisons sont chauffées à l’électricité. En comparaison, entre 2004 et 2010, notre pays a vu grandir sa production des nouvelles énergies renouvelables (solaire, vent, biomasse et géothermie) de 1,6% à 2,0%. Grâce à sa politique pro-active, le Colorado progresse sur la même période de 3% à 10% en s’appuyant principalement sur l’éolien, mais également sur la biomasse et le solaire. Mais cette politique n’est pas la seule raison de cette croissance extraordinaire.

Des conditions parfaites pour les greentechs.

« Il y a de nombreuses raisons qui poussent les entreprises à s’installer ici. » ajoute John O’Donnel, directeur de American Zephyr Corporation. « Le gouvernement et son gouverneur Bill Ritter, nous ont beaucoup appuyé en nous fournissant des locaux, en subventionnant nos salaires et en nous introduisant dans des réseaux de professionnels ». Les conditions sont également satisfaisantes sur le plan éducationnel. « Le niveau d’éducation est très élevé ici. Ce qui a pour conséquence que les gens recherchent une vie saine et respectueuse de l’environnement. Il y a une volonté populaire et un marché qui démarre. Nous avons réussi la transition de l’économie pétrole vers une économie moderne des énergies renouvelables et des high techs ».

Les fournisseurs d’énergie ouvrent maintenant la voie, malgré des limites techniques

En arrière plan, les éoliennes du NREL recouvrent les anciens laboratoire de recherche nucléaire

 

Cette vision se confirme chez les fournisseurs d’électricité. David Eves, Président et CEO de Xcel Energy, le principal  fournisseur d’énergie de l’Etat du Colorado, se réjouit: « Nous souhaitons poursuivre la croissance des énergies propres et inciter les propriétaires à investir dans leur maison. Toutefois, la fiabilité d’approvisionnement et un prix bas restent nos objectifs prioritaires pour servir nos clients, ce qui n’est pas simple. Nous soutenons la production décentralisée, mais n’arrivons pas encore à le gérer correctement. Il suffit que le vent tombe pour que notre production s’effondre de 10%, ce que nous n’arrivons pas à compenser à nos centrales à charbon! C’est un grand challenge à relever ». Malgré cela, avec le consensus trouvé par le gouvernement de Ritter, Xcel Energy offre 2000 dollars par kW installé en complément des 30% du crédit d’impôt du Colorado. A cela s’ajoute, des crédits à taux préférentiels et d’autres subventions locales. Lorsque chacun y met du sien, les résultats sont étonnants !

LA LIBERTE EST COMPATIBLE AVEC L’ECOLOGIE

Bill Ray ou l’intello-modeste. Nous le rencontrons au forum économique de Denver. Lors d’une table ronde pour présenter ICARE et parler d’écologie, Bill est venu s’assoir discrètement au fond de la salle. Il hochait de la tête pour approuver le propos lors de la présentation du projet. Homme aux multiples casquettes, enseignant à l’université Denver et maire de la ville d’Arvada, il croit aux valeurs de la démocratie et aux principes de la liberté qui ne sont, selon lui, pas opposés à l’écologie.

Pourquoi selon vous le Colorado est plus vert que les autres Etats d’Amérique?

Pour moi, c’est un processus progressif. Il y a trois facteurs principaux: en premier un très haut niveau d’éducation et le plus haut taux d’universitaires des Etats-Unis. En deuxième, je mentionnerais le taux d’obésité très faible, une excellente réputation et des beaux paysages. Tout cela incite la population et les politiciens à être plus vert. Enfin, j’ajouterais à cela que nous avons le NREL (laboratoire national de recherche pour les énergies renouvelables) qui crée de nombreuses start-up.

Quel est le rôle des politiciens?

Ils doivent fixer des objectifs réalistes. Même avec une formidable vision, l’objectif doit rester techniquement possible et les politiques doivent avancer par petits pas. Nous devons diriger, mais sans excès.

Et quel est le rôle des entreprises ?

Les entreprises maximisent leur intérêt individuel. Mais cela est à la base de notre culture ! Nous sommes un peuple libre qui travaille dans son propre intérêt. C’est donc à nous de leur demander ce qu’elles doivent faire. C’est pour cela que nous avons adapté notre constitution, pour exiger un pourcentage d’énergies renouvelables dans la production d’électricité.

Quel est le sens du mot liberté pour vous ?

Je prend un exemple. A Denver, nous cherchons à mettre en place un système de compostage des déchets verts, nous décidons de le faire. Mais nous tenons à ce que les gens puissent choisir l’entreprise qui collectera les déchets, celle qui les compostera, etc… Il doit y avoir une liberté dans le processus.

Pensez-vous que l’ « american way of life » soit compatible avec la durabilité ?

Je pense que la liberté et le choix sont des valeurs universelles. Cela fait plus de 200 ans que nous défendons cela. La question est plutôt, sommes-nous libres de consommer ? Chaque liberté vient avec une responsabilité et nous devons accepter les conséquences de nos choix et décisions. Pour notre liberté, nous n’avons pas le droit de prendre la liberté d’autrui. Dans ce sens, il serait plus fair-play de votre part de me demander: est-ce que l’Amérique est prête à accepter les conséquences de ses choix ?

Une pizzeria de Golden (Denver) est 100% autonome grâce aux programmes de promotion du Colorado et de la ville

 

décembre 6, 2010

L’éco-tourisme, un modèle pour protéger la biodiversité sud-américaine

Quelle définition donner à l’éco-tourisme ? Quel est son impact sur l’environnement ? Nous enquêtons en Colombie pour répondre à ces questions et nous laissons charmer par la beauté inouïe de ce pays oublié.

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