Articles tagués ‘Administration’

février 11, 2011

Le prix à payer est celui du temps qui passe (ou le récit non nuancé de l’importation de nouvelles batteries au Pérou)

Corruption et pots de vins. Ces mots collent à la peau de l’Amérique du Sud. Pourtant, ils ne correspondent aucunement à nos aventures, puisque, malgré les nombreux blocages subis, aucun dollar n’a été dépensé sous la table. Le prix à payer est ailleurs : il se trouve dans la lenteur et la complexité étourdissante des administrations.

En Amérique du Sud, la souffrance vient du temps qui passe. C’est la punition de l’ambition, le prix de l’audace et la réponse de l’impuissant. Alors, il faut compter ses ressources en heures et en jours et adopter ce regard vide de l’attente sans fin. Pour ne pas perdre espoir, il faut voir loin, très loin, dans des pays qui ne connaissent pourtant que le présent.

Je regarde rapidement derrière l’épaule et suis effrayé par le chemin réalisé ces 11 derniers jours.  Effrayé surtout de constater les forces qui retiennent un pays d’avancer. Effrayé de réaliser que cette fenêtre ouverte ici est le quotidien de bien d’autres. Effrayé de passer près de cent heures à remplir des papiers et négocier sans fin avec des agents de douane méprisants. Ironiquement, j’ai l’envie de dire, tenir le siège pour épuiser l’adversaire. Car ses armes sont puissantes et invincibles et elles portent un nom : administration! Pour un modeste colis de 10kg (contenant des éléments Lithium, un chargeur de batteries et un tube en aluminium), il aura fallu l’implication de trois administrations, dix guichets différents et environ 100 formulaires A4.

Si l’on fait le compte dans l’autre sens, on sera abasourdi par ce qu’aura coûté aux autorités péruviennes mon bref passage : dix fonctionnaires aux guichets durant une heure chacun, trente contrôles sécurisés, des dizaines de téléphones, des agents de polices sécurisant les bâtiments, des ordinateurs, de l’électricité, des bâtiments, du papier, des imprimantes, de l’archivage, des parkings et des infrastructures.

Les agents de douanes attendent leur tour et refont le monde

Ce grand total converti, c’est probablement  100 – 150 heures de fonctionnariat et certainement au moins 1000 dollars que le Pérou aura payé à mon égard pour sa folie du contrôle systématique. Mais Adam Smith caresse de sa main invisible ce genre de gâchis et les centaines de malheureux dans mon cas s’épuisant devant les guichets génèrent par leurs besoins une véritable « économie de la douane ». Aux abords de l’enceinte naissent des restaurants, banques, agents de douanes privés et chauffeurs de taxis qui profitent de l’aubaine et travaillent à l’année. Ce sont de véritables centres commerciaux spécialisés en tracasseries douanières. Par la folie administrative nait un marché parallèle, comme une provocation que personne ne conteste, préférant à la protestation la résignation et ce regard tellement vide qui caractérise le Sud.

L'avant dernier rempart: payer les taxes à la banque. L'administration exige un virement et non un paiement. La file témoigne de l'efficacité du système

Ce n’est finalement pas la conformité avec les exigences administrative qui aura libéré le colis tant espéré, mais bien mon terrorisme psychologique exercé sur la caissière de FedEx au bord des larmes. Des forces animalières ou génétiques, que sais-je, me sont parvenues instinctivement et mes « Ahora » (maintenant) hurlés à tout rompre, accompagnés de frénétiques frappes du poing sur le guichet auront brisé cette dernière résistance veine et ouvert les portes de la liberté retrouvée. Mes nouvelles batteries sous le bras, dans deux jours, je reprends la route.

 


novembre 5, 2010

Icare face à un mur

Après les mésaventures à New York, l’équipe d’Icare est encore en prise à des problèmes administratifs, alors qu’elle est en passe de rejoindre Los Angeles. Extraits de conversations avec l’administration.

L’ambassade des Etats-Unis en Suisse : Si vous voulez me parler, il faut me donner votre numéro de carte de crédit.

- Marc Muller : D’accord, mais combien ça coûte ?

- C’est 15 euros pour me parler.

- Ok, voilà mon numéro de VISA. J’ai un problème. Je suis aux Etats-Unis et je viens d’apprendre que les lois ont changé début 2010 et qu’il faut quitter le territoire pour renouveler un VISA. Mais en 2006, j’ai renouvelé mon autorisation de séjour deux fois en allant au Mexique, puis au Canada. J’aimerais savoir pourquoi cela a changé et si l’ancienne procédure est toujours valable ?

- Vous devez rentrer en Suisse et faire une demande de VISA.

- Est-ce que je peux le faire depuis les Etats-Unis ?

- Non.

- Est-ce que je peux le faire depuis le Mexique.

- Non, cela n’est probablement pas possible.

- Cela signifie que je ne peux pas le faire ou que n’avez pas le droit de donner cette information ?

- Non, je ne possède pas l’information.

- D’accord, mais si je rentre en Suisse, est-ce que je peux avoir une nouvelle autorisation ?

- Oui, mais ce n’est pas sûr.

- Comment en être sûr ? Je ne veux pas rester aux Etats-Unis, je veux juste avoir 10 jours de plus pour envoyer ma voiture sur le ferry. Je dois être sûr, je ne veux pas être bloqué en Suisse.

- Vous pouvez rentrer en Suisse et retourner aux Etats-Unis. C’est la douane américaine qui décide si vous pouvez entrer ou non.

- Selon quels critères décident-ils ?

- Je ne peux pas vous dire.

- Vous ne pouvez pas me dire ou vous n’avez pas le droit de me le dire ?

- Je n’ai pas l’information.

- A qui dois-je demander cela pour avoir l’information ?

- A l’ambassade américaine en Suisse.

- Mais c’est vous cela, je viens de vous appeler !

- Oui.

- Mais alors, pouvez-vous me renseigner ?

- Non.

- Mais alors pourquoi je vous paie ?

- Pour me parler.

- Bon d’accord je vous remercie, je perd mon temps.

Je boucle. L’ambassade de Suisse aux Etats-Unis nous aide et nous renseigne en deux heures. Elle nous apprend qu’une prolongation de séjour de 30 jours est possible. C’est l’USCIS (l’organe d’immigration fédéral ) qui les délivre, en cas d’urgence. L’USCIS ne dispose pas de téléphone. Il faut prendre rendez-vous sur internet pour les voir. Le délai est de 5 jours, uniquement dans les capitales. Nous trouvons un rendez-vous à Las Vegas lundi 01.10, à 850 km (l’administration la plus proche). Nous fonçons au Nouveau Mexique, louons un camion et roulons jours et nuits jusqu’à Las Vegas avec Icare dans le coffre.

Arrivée à l’USCIS, lundi matin. Nous exposons notre cas.

- L’officier de l’USCIS : Vous avez une autorisation de 90 jours du programme ESTA, elle n’est pas renouvelable.

- Marc Muller : Oui, mais en cas de problème, votre site internet explique que l’on peut prolonger l’autorisation de 30 jours.

- Non, on vous a donné l’autorisation de séjour uniquement car vous vous étiez engagé à quitter le territoire dans les 90 jours.

- Je comprends, mais j’aurais souhaité le quitter. Notre voiture est restée bloquée aux douanes de New-York presque un mois et nous avons fait au plus vite. Nous avons une voiture solaire. Ce n’est pas évident.

- Je ne peux rien faire pour vous car ce sont les douanes qui décident de l’autorisation de séjour.

Nous allons aux douanes de l’aéroport international de Las Vegas

- Marc Muller : Bonjour. Nous avons un problème. Nous devons envoyer notre voiture sur un ferry pour quitter les États-Unis et avons pris du retard. Nous risquons de dépasser nos 90 jours d’autorisation de séjour ce que nous voulons éviter.

- Le douanier : Vous n’avez pas le droit de dépasser vos 90 jours.

- Je sais et j’aimerais l’éviter, justement. J’ai lu sur le site de l’USCIS qu’il est possible de prolonger notre autorisation de séjour de 30 jours en cas de problème. Nous revenons de les voir et ils nous ont dit que vous pouviez le faire, voilà notre attestation.

- Vous voulez m’apprendre mon métier Monsieur ? Je vous dis que cela n’est pas possible.

- Non, pas du tout, je m’excuse. Je cherche juste une solution. Nous ne voulons pas enfreindre la loi. Regardez mon passeport. En 2006, j’ai renouvelé mon titre de séjour en allant au Canada. Cela doit être possible, mais j’ai appris qu’un nouvel accord avec le Canada et le Mexique ne permettait plus cela.

- Non. Vous n’y arriverez pas.

- Mais pourquoi est-ce que j’ai pu le faire en 2006 et plus maintenant ?

- C’est à la discrétion du douanier.

- Mais sur quelle base s’appuie-t-il pour décider ?

- Il est libre de choisir. Mais si vous quittez le territoire pour un jour seulement, il y a peu de chance qu’il vous accorde une nouvelle autorisation.

- C’est juste le choix du douanier alors ?

- Oui.

- Mais alors vous voyez bien que nous cherchons une solution. Nous ne voulons pas rester aux Etats-Unis, juste envoyer notre voiture à Los Angeles. Elle est là sur le parking, regardez. Si je quitte le territoire et reviens à Las Vegas, vous pouvez personnellement me donner 90 jours de plus ?

- Oui, mais je serai peut-être absent. Je vous conseille de rentrer en Suisse. Vous n’avez aucun droit à entrer aux Etats-Unis Monsieur. C’est au bon vouloir des douaniers.

Ces discussions résument à elles seules, le fonctionnement des administrations américaines. Les douaniers se perçoivent comme des rangers qui défendent de façon subjective ce bon vieux pays contre la constante volonté d’invasion de leur « terre sainte » par des étrangers. En tant que Suisse, pour avoir un renseignement, il faut payer. Mais surtout, demander un renseignement semble suspect par définition aux yeux des agents des douanes.

Concrètement, le Mexique, les États-Unis, le Canada et les îles alentours ont signé un accord en 2009 pour éviter le renouvellement des autorisations de séjour par le passage d’une frontière proche comme je l’avais fait en 2006. Sauf que les douaniers ne sont pas au courant de cet accord. Raison pour laquelle de nombreux voyageurs l’utilisent encore fréquemment, comme en atteste les forums de discussions sur Internet. L’USCIS pourrait effectivement prolonger les autorisation de séjour sauf que ses agents ne sont pas au courant de cette procédure et qu’il faut faire reconnaître la situation de blocage involontaire.

Ces deux problèmes administratifs ne sont de loin pas insurmontables, et font partie du pain quotidien pour l’équipe d’ICARE. Par contre, l’état d’esprit du personnel des administrations est tout à fait unique en son genre. Tous les représentants des services de l’état fédéral (douanes, immigration, service des automobiles, etc…) à l’exception des polices, démontrent par leur comportement borné et rigide, une vision dualiste du bien et du mal, sans entre-deux.

Cette vision, associée à une profonde méconnaissance de l’étranger (pour le personnel des administrations, pas pour les citoyens) et à une crainte d’une invasion permanente font qu’il n’est simplement pas possible de résoudre les problèmes. Que ce soit le reste d’un politique bushiste, d’un régime de la peur ou de considérations qui nous échappent, nous avalons des couleuvres et perdons notre argent depuis l’envoi de la voiture en juin en Amérique. Aujourd’hui, rester aux Etats-Unis ou chercher à négocier avec ces gens, c’est renoncer à toutes nos valeurs de respect et d’honneur. Raison pour laquelle, nous préférons passer dans l’illégalité plutôt que d’accepter de collaborer. Rester ici nous fait perdre notre temps et dépenser l’argent de nos donateurs pour une cause inutile. Dans ces conditions, nous, on plie bagage. Départ pour l’Amérique du Sud.

septembre 13, 2010

Attente interminable

13 août 2010. En attente : encore et toujours.

La Twike est toujours bloquée aux douanes portuaires de New-York. Impossible d’en connaître les raisons exactes..

septembre 13, 2010

Icare est en attente

9 août 2010. Nous poursuivons les démarches administratives à New-York.

Une partie du nouveau matériel embarqué dans les bagages est resté bloqué à l’aéroport. Le conteneur transportant la voiture est également arrivé au port de New-York et doit maitenant passer aux rayons X des douanes. Cela fait plus de 40 jours que nous remuons ciel et terre  pour poser les roues solaires d’Icare sur le nouveau continent.

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