Le temps s’est arrêté chez les amish. Cette population originaire de Suisse qui compte aujourd’hui 250 000 personnes aux Etats-Unis vit au ralenti. Le projet Icare va à la rencontre de cette communauté qui produit et consomme avec une constante: le respect de l’environnement. Tout en utilisant les énergies nouvelles, comme les éoliennes.
Article publié dans le journal la Liberté du 14 octobre 2010. A télécharger en cliquant ici.
Delbert Farmwald se balade sur son domaine à pieds nus. Ce propriétaire d’une ferme à Shipshewana, dans l’Indiana, est habillé comme il y a cent ans. C’est qu’il vit comme il y a un siècle. Cet agriculteur produit et consomme avec une constante: le respect de l’environnement. Une condition de survie pour lui: «La durabilité, c’est le mot clé. C’est simplement le seul moyen de produire longtemps. Nous n’utilisons aucun produit chimique, nous faisons une agriculture biologique.»
Cette communauté ultraconservatrice respecte les principes du développement durable à la lettre et force l’admiration par son utilisation réfléchie des biens matériels. Persécutés en Suisse au milieu du XVIIe siècle, nos très anciens cousins bernois ont rejoint le Nouveau Continent dans des conditions d’immigration d’une rudesse inouïe. Ils ont construit aux Etats-Unis les villages d’Interlaken, de Langnau ou de Thoune.
Tout fonctionne au ralenti
Aujourd’hui, le temps semble s’être arrêté pour eux. Plutôt, c’est leur rapport au temps qui varie. Dans les campagnes amish, la vitesse n’existe simplement pas. Ces agriculteurs se disent que le temps d’une vie est court et qu’il n’y a pas de sens dans l’accumulation de biens matériels. Alors tout fonctionne au ralenti: cultures à l’aide de chevaux, habits cousus à la maison, calèches… La non-violence, le rapport fort à la terre, une vie chrétienne engagée et le refus de la consommation inutile sont les bases de cette vie conservatrice. Les Américains respectent ce mode de vie qui s’étend aujourd’hui dans 21 Etats. Il fait partie du décor même s’il paraît archaïque aux yeux de certains.
Ces méthodes agricoles rencontrent d’ailleurs un certain succès auprès de familles extérieures à la communauté. Trish Haebegger parcourt 60 km tous les vendredis avec son 4×4 pour venir chercher son panier du jardin potager de la famille Farmwald. «Les légumes produits ici sont de très bonne qualité et biologiques. Je paie 260 dollars en mai et je reçois tout l’été d’excellents produits.»
Eoliennes et systèmes solaires
Ce petit commerce ne change pas l’objectif principal de leur vie rurale: l’indépendance. Les maisons ne sont pas raccordées au réseau électrique, et n’ont la plupart d’entre elles pas de téléphone. Les énergies renouvelables sont une excellente façon de garder une distance avec les fournisseurs de services habituels: éoliennes pour l’irrigation des champs, systèmes solaires pour la ventilation des maisons et pour l’éclairage. Le chauffage des maisons se fait le plus souvent au bois, parfois au charbon.
«Si nous vendons notre production, c’est parce que nous devons acheter des terrains pour nos enfants. Même avec la crise, ils restent très chers», explique Emma Roberts, habitante dans l’Ohio. Les quelques sous récoltés par la vente de fruits et légumes sont mis de côté pour préparer la transition du patrimoine familial. Ce point est le talon d’Achille de la communauté. Les terrains sont la seule ressource utilisée et elle est disponible en quantité limitée !
Mais sans vision de croissance, la durabilité est garantie. Ce mode de vie n’est d’ailleurs pas figé puisqu’il continue à évoluer, avec l’utilisation par exemple des nouvelles technologies énergétiques. Pendant que nous parlons d’utiliser l’énergie solaire, d’aller au travail à vélo, de revaloriser les valeurs de la famille, d’acheter local et bio, les amish le font au quotidien. A se demander si ce ne sont pas eux les plus modernes ?


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