Article publié le lundi 6 décembre 2010 dans la Liberté. Il peut être téléchargé ici.
Le Colorado attire les entreprises impliquées dans les technologies environnementales. L’Etat a su mettre en place les ingrédients d’une croissance verte. Près de 10% de l’électricité est propre. Et ce n’est qu’un début.
Lorsqu’Atusko Uchida parle du développement de l’économie verte au Colorado, c’est un grand sourire qui apparaît sur ses lèvres. Arrivée du Japon il y a moins d’une année, elle est responsable du développement des produits Zephyr aux Etats-Unis. Cette entreprise vend des éoliennes domestiques jusqu’à une puissance de 2500 Watts. « Les américains sont très sensibles au prix et cherchent avant-tout à garder leur esprit d’indépendance. Etre autonome énergétiquement les intéressent beaucoup.
Ironie du sort, American Zephyr Corporation emménage dans ses nouveaux locaux à Louisville. 65 ans plus tôt, c’est précisément dans cette région que les américains développaient la bombe atomique qui détruisit deux villes japonaises. Le centre de recherche de l’époque est aujourd’hui recouvert de terre contre la radioactivité. A cette emplacement, des éoliennes gigantesques appartenant au centre national de recherche pour les énergies renouvelables (le NREL) sont utilisées comme laboratoire de recherche à ciel ouvert. Situé en périphérie de Denver, entre les déserts arides du Kansas et les montagnes rocheuses, le centre teste des dizaines d’éoliennes et des systèmes solaires avant leur mise sur le marché américain. De la bombe atomique aux énergies renouvelables, la volonté reste la même: être à la pointe de la technologie.

Skyfuel et son team, une start-up du NREL développe des capteurs thermosolaires pour la production d'électricité à grande échelle
Une belle leçon de démocratie
Si le Colorado attire les entreprises impliquées dans les technologies environnementales, c’est car cet État a su mettre en place les ingrédients d’une croissance verte. En 2004, une initiative populaire déposée par des associations écologistes exigeait que 3% de l’électricité soit d’origine renouvelable en 2007 et 10% en 2015. Malgré une opposition politique farouche et la pression des lobbies électriques, l’initiative fut acceptée avec 53% des voix. Une première en Amérique. Contre toute attent, à peine trois ans plus tard les 10% sont déjà presque atteint et 17’000 nouveaux emplois durables sont créés dans la région. A cette date, en s’appuyant sur ces résultats, Bill Ritter, fraîchement élu gouverneur, demande à son parlement d’augmenter le standard et de passer l’objectif à 15% en 2015 et 20% en 2020. Ce dernier accepte la requête.
Mais le gouverneur ne s’arrête pas en si bon chemin. Aujourd’hui, début novembre 2010, Bill Ritter revient à la charge et vient de trouver un nouveau consensus avec les fournisseurs d’électricité et son parlement. Ensemble ils signent un engagement pour atteindre 30% d’énergies renouvelables en 2020 et convertir leurs centrales à charbon au gaz naturel.
Une croissance verte détonante
La production devient de plus en plus propre alors que la consommation d’électricité par habitant au Colorado est pratiquement identique à la Suisse. Ceci alors que la majorité des maisons sont chauffées à l’électricité. En comparaison, entre 2004 et 2010, notre pays a vu grandir sa production des nouvelles énergies renouvelables (solaire, vent, biomasse et géothermie) de 1,6% à 2,0%. Grâce à sa politique pro-active, le Colorado progresse sur la même période de 3% à 10% en s’appuyant principalement sur l’éolien, mais également sur la biomasse et le solaire. Mais cette politique n’est pas la seule raison de cette croissance extraordinaire.
Des conditions parfaites pour les greentechs.
« Il y a de nombreuses raisons qui poussent les entreprises à s’installer ici. » ajoute John O’Donnel, directeur de American Zephyr Corporation. « Le gouvernement et son gouverneur Bill Ritter, nous ont beaucoup appuyé en nous fournissant des locaux, en subventionnant nos salaires et en nous introduisant dans des réseaux de professionnels ». Les conditions sont également satisfaisantes sur le plan éducationnel. « Le niveau d’éducation est très élevé ici. Ce qui a pour conséquence que les gens recherchent une vie saine et respectueuse de l’environnement. Il y a une volonté populaire et un marché qui démarre. Nous avons réussi la transition de l’économie pétrole vers une économie moderne des énergies renouvelables et des high techs ».
Les fournisseurs d’énergie ouvrent maintenant la voie, malgré des limites techniques
Cette vision se confirme chez les fournisseurs d’électricité. David Eves, Président et CEO de Xcel Energy, le principal fournisseur d’énergie de l’Etat du Colorado, se réjouit: « Nous souhaitons poursuivre la croissance des énergies propres et inciter les propriétaires à investir dans leur maison. Toutefois, la fiabilité d’approvisionnement et un prix bas restent nos objectifs prioritaires pour servir nos clients, ce qui n’est pas simple. Nous soutenons la production décentralisée, mais n’arrivons pas encore à le gérer correctement. Il suffit que le vent tombe pour que notre production s’effondre de 10%, ce que nous n’arrivons pas à compenser à nos centrales à charbon! C’est un grand challenge à relever ». Malgré cela, avec le consensus trouvé par le gouvernement de Ritter, Xcel Energy offre 2000 dollars par kW installé en complément des 30% du crédit d’impôt du Colorado. A cela s’ajoute, des crédits à taux préférentiels et d’autres subventions locales. Lorsque chacun y met du sien, les résultats sont étonnants !
LA LIBERTE EST COMPATIBLE AVEC L’ECOLOGIE
Bill Ray ou l’intello-modeste. Nous le rencontrons au forum économique de Denver. Lors d’une table ronde pour présenter ICARE et parler d’écologie, Bill est venu s’assoir discrètement au fond de la salle. Il hochait de la tête pour approuver le propos lors de la présentation du projet. Homme aux multiples casquettes, enseignant à l’université Denver et maire de la ville d’Arvada, il croit aux valeurs de la démocratie et aux principes de la liberté qui ne sont, selon lui, pas opposés à l’écologie.
Pourquoi selon vous le Colorado est plus vert que les autres Etats d’Amérique?
Pour moi, c’est un processus progressif. Il y a trois facteurs principaux: en premier un très haut niveau d’éducation et le plus haut taux d’universitaires des Etats-Unis. En deuxième, je mentionnerais le taux d’obésité très faible, une excellente réputation et des beaux paysages. Tout cela incite la population et les politiciens à être plus vert. Enfin, j’ajouterais à cela que nous avons le NREL (laboratoire national de recherche pour les énergies renouvelables) qui crée de nombreuses start-up.
Quel est le rôle des politiciens?
Ils doivent fixer des objectifs réalistes. Même avec une formidable vision, l’objectif doit rester techniquement possible et les politiques doivent avancer par petits pas. Nous devons diriger, mais sans excès.
Et quel est le rôle des entreprises ?
Les entreprises maximisent leur intérêt individuel. Mais cela est à la base de notre culture ! Nous sommes un peuple libre qui travaille dans son propre intérêt. C’est donc à nous de leur demander ce qu’elles doivent faire. C’est pour cela que nous avons adapté notre constitution, pour exiger un pourcentage d’énergies renouvelables dans la production d’électricité.
Quel est le sens du mot liberté pour vous ?
Je prend un exemple. A Denver, nous cherchons à mettre en place un système de compostage des déchets verts, nous décidons de le faire. Mais nous tenons à ce que les gens puissent choisir l’entreprise qui collectera les déchets, celle qui les compostera, etc… Il doit y avoir une liberté dans le processus.
Pensez-vous que l’ « american way of life » soit compatible avec la durabilité ?
Je pense que la liberté et le choix sont des valeurs universelles. Cela fait plus de 200 ans que nous défendons cela. La question est plutôt, sommes-nous libres de consommer ? Chaque liberté vient avec une responsabilité et nous devons accepter les conséquences de nos choix et décisions. Pour notre liberté, nous n’avons pas le droit de prendre la liberté d’autrui. Dans ce sens, il serait plus fair-play de votre part de me demander: est-ce que l’Amérique est prête à accepter les conséquences de ses choix ?







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